Veles à Koupiansk, ou la guerre des réseaux souterrains sous la menace balistique
Volodymyr Zelensky a présenté l’opération Veles comme une action ukrainienne pensée pour retourner contre les forces russes leur usage de conduites de gaz souterraines. Son allocution a aussi mis en avant les pénuries de missiles Patriot et la recherche d’un cadre diplomatique associant Washington et l’Europe.
L’opération Veles menée sur l’axe de Koupiansk illustre la manière dont une infrastructure conçue pour des usages civils peut devenir un élément du champ de bataille. D’après le président ukrainien Volodymyr Zelensky, les forces russes avaient tenté d’emprunter des conduites de gaz souterraines afin de progresser au-delà de positions ukrainiennes sans suivre les itinéraires exposés en surface.
La présidence ukrainienne l’a annoncé mardi 27 octobre. Les informations opérationnelles, les chiffres territoriaux et l’interprétation des objectifs russes contenus dans l’allocution relèvent du récit officiel ukrainien et n’étaient pas assortis, dans le document fourni, d’éléments permettant une vérification indépendante complète.
Zelensky a indiqué avoir reçu des rapports de Mykhaïlo Drapaty, Ihor Obolensky et Pavlo Palissa. L’opération a été attribuée à la formation Khartia. Le chef de l’État l’a décrite comme une action forte, préparée avec soin et fondée sur la technologie, dont la particularité aurait été de retourner le réseau souterrain contre ceux qui voulaient initialement l’exploiter.
La maîtrise du sous-sol est devenue un enjeu spécifique dans un environnement saturé de drones, de capteurs et de moyens de surveillance. Des canalisations ou galeries peuvent masquer la progression d’un groupe et déboucher derrière une ligne défensive. Mais elles imposent également un parcours étroit, des points d’entrée prévisibles et une dépendance à quelques sorties, autant de faiblesses dès lors que le dispositif est découvert.
Le président n’a pas exposé les méthodes précises employées par les militaires ukrainiens. Il n’a fourni ni calendrier détaillé, ni bilan des pertes, ni estimation de la zone directement concernée par Veles. Il a surtout insisté sur sa portée: renforcer les positions ukrainiennes et montrer que les troupes russes n’avaient pas obtenu près de Koupiansk le résultat attendu par leur direction politique.
Koupiansk demeure un espace sensible en raison des voies de communication qui traversent la région et de sa place dans le dispositif militaire de l’est du pays. Les forces russes y ont cherché à accroître leur pression à plusieurs reprises. Dans ce contexte, le contrôle d’itinéraires discrets, d’accès techniques et de points logistiques peut influer sur la solidité locale des défenses, sans déterminer à lui seul l’évolution de l’ensemble du front.
Zelensky a classé Veles parmi trois opérations ukrainiennes marquantes de 2026. Il a affirmé qu’une opération des forces d’assaut aérien avait permis de reprendre plus de 800 kilomètres carrés. Il a également mentionné Vivaldi dans la région de Donetsk, dans des secteurs où la Russie nourrissait, selon lui, d’importantes ambitions et avait lancé de nombreux assauts. Les soldats ukrainiens y auraient repris plus de 200 kilomètres.
Cette série a servi de base à une appréciation plus générale: les positions ukrainiennes sur le front seraient les plus solides depuis longtemps. Le président a toutefois immédiatement relié cette affirmation à la fragilité de l’arrière. La résistance des unités terrestres ne suffit pas lorsque les réseaux électriques, les transports et les zones urbaines sont visés par des missiles difficiles à intercepter.
Zelensky a ainsi dénoncé le report de certains programmes de livraison antiaérienne et le manque de munitions pour les systèmes Patriot. Il a affirmé que plus de 100 missiles balistiques russes avaient été tirés contre Kyiv et sa région entre le 14 et le 27 octobre. Aucun inventaire détaillé de ces frappes n’était présenté dans l’allocution.
Le chef de l’État est revenu sur les attaques du 26 octobre contre le terrain de l’Université de commerce et d’économie de Kyiv, son campus et le parc Kyoto voisin, qui porte le nom de la ville japonaise jumelée avec la capitale ukrainienne. Selon lui, des bâtiments, une station de métro et des lignes du réseau ont été endommagés.
Il a également signalé une frappe contre le pont Sud de Kyiv, décrit comme une artère logistique majeure. Des victimes ont été évoquées sans bilan chiffré. Pour Zelensky, ces attaques s’inscrivaient dans une escalade plus large visant les infrastructures et la vie quotidienne à Kyiv, Dnipro, Zaporijjia, Odesa, Kharkiv, Soumy et Kherson.
La protection de l’énergie et de la logistique dépend donc, dans son argumentation, de la rapidité des livraisons occidentales. Il a particulièrement interpellé les États-Unis, estimant que les décisions relatives aux Patriot et les autorisations du Pentagone étaient déterminantes. Il a remercié les partenaires livrant leur aide à temps tout en soulignant que les retards réduisaient les capacités de défense contre les missiles balistiques.
Cette demande possède aussi une dimension diplomatique. Zelensky a soutenu qu’une Ukraine mieux protégée disposerait d’une position plus favorable dans d’éventuelles négociations. Il était question, dans son discours, d’un format trilatéral envisagé en novembre avec des représentants ukrainiens, américains et russes. Au 1er novembre, le texte disponible ne confirmait pas qu’une telle rencontre avait déjà eu lieu et n’en précisait ni le lieu ni le niveau.
Le président a insisté pour que l’Europe participe aux démarches diplomatiques et qu’aucun de ses pays ne reste à l’écart des décisions. Il a également rapporté des échanges avec les dirigeants norvégien et finlandais après leur conversation avec Vladimir Poutine, ainsi que la poursuite de contacts avec Washington et plusieurs puissances européennes. Son message associait ainsi trois leviers: tenir le front, protéger l’arrière et maintenir une pression internationale susceptible, selon Kyiv, d’encourager une désescalade russe.