Pour une fusée-sonde chargée d’observer le Soleil, quelques minutes peuvent séparer une mission utile d’un rendez-vous manqué. Une éruption solaire peut s’atténuer aussi vite que la fusée atteint son altitude d’observation. Un nouveau système d’alerte a permis aux équipes de la NASA de mieux évaluer ce risque et d’étudier, pour la première fois avec ce type de véhicule, une éruption encore en cours.

NASA Blogs l’a annoncé mercredi 4 novembre. Le fonctionnement du dispositif a également fait l’objet d’un article paru le 4 novembre dans The Astrophysical Journal.

Les éruptions se forment dans des régions actives du Soleil où les champs magnétiques présentent une grande complexité. Elles libèrent de l’énergie, accélèrent des particules et produisent un rayonnement qui se propage dans le système solaire. Ces manifestations peuvent avoir des répercussions sur la Terre et sur les technologies sensibles à l’environnement spatial.

L’atmosphère terrestre absorbe toutefois une partie de la lumière émise pendant ces épisodes. Cette absorption protège la surface, mais empêche aussi les instruments au sol d’accéder à certaines informations. Pour mesurer ces longueurs d’onde, les chercheurs doivent placer leurs détecteurs au-dessus de l’atmosphère.

Les fusées-sondes constituent une solution plus rapide et relativement moins coûteuse que le déploiement d’un observatoire orbital. Elles emportent une charge scientifique dans l’espace au cours d’un vol suborbital, puis retombent sur Terre. Leur principal défaut est la brièveté de l’expérience : elles ne disposent que d’environ cinq minutes pour observer leur cible.

Une éruption peut décliner dans un délai comparable. Les alertes classiques signalent qu’un phénomène a commencé, sans nécessairement préciser s’il sera toujours visible au terme de la préparation et de l’ascension. L’équipe peut donc lancer une fusée et découvrir, une fois hors de l’atmosphère, que la source recherchée a déjà disparu.

La difficulté ne se limite pas à détecter une hausse du rayonnement solaire. Il faut localiser l’événement, estimer son évolution et prendre une décision avec un temps de réaction très court. Une alerte adaptée aux missions suborbitales doit ainsi fournir une indication directement exploitable, plutôt qu’une simple confirmation de l’activité.

Le système conçu par les chercheurs étudie les émissions de rayons X et d’ultraviolets provenant des régions actives. Il exploite les données du Solar Dynamics Observatory de la NASA, des satellites géostationnaires opérationnels environnementaux GOES de l’agence américaine NOAA et d’observatoires terrestres.

Quelques minutes après la détection d’une éruption par les engins spatiaux, l’outil en détermine la position et prévoit sa durée. Cette estimation aide les responsables à comparer le temps de vie probable de la cible avec celui nécessaire au lancement et à la montée de la fusée.

Le système a joué un rôle central lors d’une campagne menée en Alaska en avril 2024. Il a aidé l’équipe qui l’avait développé et une seconde équipe à coordonner le tir de deux fusées. Les appareils ont étudié l’éruption avant sa disparition, réalisant la première observation d’un phénomène en cours au moyen de fusées-sondes de la NASA.

Une version améliorée a ensuite été employée en mai 2026 pour un autre lancement. La fusée a alors observé trois éruptions. Le compte rendu disponible ne fournit pas les conclusions scientifiques détaillées tirées de ces mesures, mais il confirme que l’alerte perfectionnée a accompagné cette nouvelle opération.

L’innovation relève davantage de l’analyse immédiate que de la prédiction à longue échéance. Le dispositif ne prétend pas, dans la description publiée, annoncer longtemps à l’avance la naissance précise d’une éruption. Il caractérise rapidement un événement déjà repéré afin de réduire l’incertitude pendant les minutes où la décision de lancer doit être prise.

Les chercheurs poursuivent l’amélioration du système grâce à une subvention du programme Early Career Investigator de la NASA. Aucune nouvelle campagne, échéance ou performance chiffrée n’a été annoncée dans le texte source. Les capacités supplémentaires demeurent donc des objectifs de développement plutôt que des résultats établis.

Une telle alerte pourrait néanmoins servir à d’autres usages. De futures campagnes de fusées pourraient mieux sélectionner leurs occasions de tir, tandis que des observatoires solaires pourraient réorienter plus rapidement leurs instruments. La prévision de la météorologie spatiale pourrait aussi tirer parti d’une caractérisation précoce des événements qui envoient énergie et particules dans le système solaire.

Les expériences de 2024 et de 2026 montrent surtout que l’information temporelle peut devenir un élément scientifique à part entière. La durée de vol reste limitée et l’évolution du Soleil conserve une part d’incertitude. Mais en indiquant si une éruption a des chances de persister, le système donne aux équipes une base plus solide pour décider quand utiliser une occasion de lancement rare et brève.